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Pour ceux qui le souhaitent, un document avec une mise en page plus adaptée pour les personnes DYS est disponible ici : interview SR mise en page Dys

J’ai rencontré Sabrina Ruiz pour la première fois il y a quelques mois maintenant. Elle m’a ouvert volontiers les portes de sa maison et présenté ses enfants. Je voulais lui présenter ma méthode (Hugo et les rois – Défi 9), ma façon de procéder, mon approche … et je voulais surtout avoir son avis et ses conseils. Je n’ai pas été déçue de l’accueil.

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Depuis, nous sommes régulièrement en contact.
J’aime profondément ce qu’elle fait et j’en suis très admirative. Par la première interview de mon blog, je voulais donc que ce soit elle … et elle a encore répondu favorablement, c’est génial !
Connaissez-vous Sabrina ? non ? Si je vous dis « A l’écoute des enfants DYS » ça vous parle plus ? He oui c’est elle qui est cachée derrière cette page Facebook !
Page qui a désormais 28 000 fans ! Enfin … à l’heure où j’écris cet article car le nombre de fans augmente d’environ 300 fans par semaine !!! C’est fou ! Mais ça reflète avant tout le travail acharné de cette maman que j’ai hâte de vous présenter plus en détails.

 

DF : Défi Orthographique
SR : Sabrina RUIZ

DF : Merci sincèrement Sabrina de prendre le temps de répondre à mes questions et d’accepter de parler de toi.
SR : De rien, j’essaie toujours de répondre quand je suis dispo. Je réponds d’ailleurs très régulièrement en MP (Message Privé) ou par téléphone à des parents ou à des professionnels. Il me tient à cœur de communiquer sur les troubles DYS (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie, Dyspraxie, Dysphasie) car il y a encore parfois un grand manque de connaissances sur le sujet et de fait, beaucoup d’incompréhensions.

DF : Tu as créé la page « A l’écoute des enfants DYS » en 2012. Comment t’est venue cette idée ?
SR : Lorsque j’ai eu mes enfants, j’ai compris beaucoup de choses sur mon propre passé, ma propre histoire et j’ai décidé de tout faire pour que mes enfants ne vivent pas la même situation que moi.

DF : Effectivement, tu es ce qu’on peut appeler toi aussi « une DYS », en as-tu souffert petite ?
SR : c’est surtout que le mot « DYSLEXIE» n’était pas connu à cette époque, du moins ce n’est pas ce qu’on a dit de moi. J’ai donc eu une scolarité très compliquée. On avait dit à ma mère que j’avais « une tare » et je me suis construite comme ca. Même ma mère s’était faite à l’idée. Il faut dire que tout le monde disait ça autour d’elle, y compris les professionnels en qui elle avait confiance (corps médical et corps enseignant).
Pourtant elle passait beaucoup de temps avec moi, elle essayait de m’apprendre à lire. Je me souviens des moments de lecture le soir. Elle mettait son doigt sous les mots que je devais lire et prononçait les mots, syllabe après syllabe. Mais moi je ne comprenais pas à quoi cela pouvait correspondre, son doigt ne suivait aucune logique pour moi, ça n’avait pas de sens ; je lui disais « les mots se découpent, se collent ». Nous avons compris plus tard que je lui décrivais la dyslexie …

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DF : Comment s’est passée ta scolarité ?
SR : C’était forcément compliqué, j’ai redoublé dès le CP. J’avais beaucoup de mal avec la lecture mais aussi avec l’espace, le temps, les additions, la mémorisation des tables de multiplication … Mais j’étais bonne en poésie car je passais par le dessin. Apprendre l’heure a été très difficile pour moi, ainsi que répondre à la question «  qu’as-tu fait hier ? ».
Je me souviens être allée à la boulangerie avec une pièce de 5 francs. Je voulais quelque chose à 3,58 francs … pour moi je n’avais pas assez : j’avais une pièce, une seule et on m’en demandait plus de 3 !

DF : Quelle a été l’attitude des professeurs ?
SR : Compliqué aussi. Mais j’ai eu de tout. Des professeurs qui pensaient que c’était un manque de volonté comme des professeurs qui essayaient de m’aider en dehors des cours.
Ma maîtresse de CE1 me donnait des coups de dictionnaire sur la tête histoire de me faire rentrer les mots. Un jour elle a tout effacé, d’un coup, l’exercice que je venais brillamment mais péniblement de réaliser, en disant « tu vois quand tu veux » … j’étais si fière de moi et ça m’avait demandé tellement d’efforts que ça m’a profondément blessée qu’elle efface tout !
En CE2, j’ai eu une gentille maîtresse qui m’a appris à lire sur le temps libre, pendant la récréation ou pendant les activités manuelles des autres. J’ai quand même redoublé le CE2. C’était donc mon deuxième redoublement … Je me suis ainsi retrouvée avec 2 voire 3 ans de plus que mes camarades de classe. J’étais en décalage, dans mon corps et dans ma tête … ce n’était pas facile. J’étais gênée, j’avais l’impression de ne pas être à ma place.
En fin de primaire, j’allais chez une professeure de français  à la retraite le samedi après midi, pour travailler en plus … sans grand changement.
Après je suis allée en SEGPA. J’y ai appris l’horticulture. J’étais douée en pratique mais la mémorisation des noms en latin m’était impossible. Le jour du CAP blanc je me suis effondrée, tout ceci me paraissait tellement inaccessible. J’ai donc arrêté l’école et je suis restée chez moi pendant un an, probablement en dépression.
Puis vers 17 ans je suis allée au GRETA puis à une maison pour adultes pour une remise à niveau en français. Les textes se mélangeaient toujours et j’étais avec des personnes non francophones … je ne me sentais pas à la place non plus.
Puis je suis devenue mère. De Timothée d’abord puis de Clémentine (ensuite de Pauline-Emmanuelle). Et quand on a commencé à me dire que ma fille avait les mêmes problèmes que moi j’ai décidé de me battre. Je me suis alors renseignée et j’ai compris beaucoup de choses.

DF : Mais tu n’avais pas été suivie par un orthophoniste ?
SR : Si, pendant des années, à partir du CE1. Ma mère avait fait tout le suivi qu’on lui avait conseillé. J’en ai très peu de souvenirs … je me souviens juste qu’on travaillait la lecture, en vain …

DF : Et professionnellement, comment as-tu fait ?
SR : Je n’avais tellement pas confiance en moi que je n’osais même pas postuler aux offres d’emploi. Je rêvais d’être vendeuse comme mes cousines, mais comment allais-je faire avec la caisse, pour rendre la monnaie ! J’ai gardé des enfants, fait des ménages mais surtout j’ai travaillé en pyrogravure sur bois et en peinture. Très douée en dessin, je me suis mise à mon compte. Je faisais les décorations des vitrines des commerçants, des pancartes. Et puis surtout je me suis occupée de mes enfants : j’ai 1 garçon et 2 filles.

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DF : Peux-tu nous parler de « A l’écoute des enfants DYS » ?
SR : En 2012, j’ai créé une page Facebook pour communiquer sur le sujet des troubles DYS. Mon but était juste d’informer les parents. Puis au vu de l’ampleur de la page, j’ai créé en 2015 une association, du même nom. Ma mère et mon compagnon m’épaulent dans ce projet.
Désormais je diffuse les informations qui me semblent intéressantes, je transfère les messages des parents, je réponds aux questions diverses, en direct ou en MP. Je fixe régulièrement des  RDV téléphoniques. Je mets des mots autres que « fainéant » ou « paresseux » qu’on entend encore trop souvent !
En général, les instituteurs signalent un problème, les parents font faire un bilan chez un professionnel et puis le couperet tombe, une étiquette est posée et on les laisse seuls. Les parents sont perdus. Ils ont besoin d’en parler et ils ont besoin d’être guidés.
Certains ont du mal avec la notion de handicap et la nécessité de passer par la MDPH (Maison Départementale des Personne Handicapée). Mais ce n’est pas une honte ! Pour moi être reconnu MDPH  c’est une ouverture de droits ! Par exemple ceci permet de mettre en place des PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) avec l’école qui doivent être obligatoirement respectés.
Mais les parents ne sont pas les seuls à me contacter, il y a aussi des enseignants, des orthophonistes, des psychologues … Mes enfants ont fait d’énormes progrès et ma fille Clémentine multi-dys sait désormais quasiment écrire comme tout le monde ! Certains professionnels veulent donc comprendre mes méthodes et s’interrogent sur leurs pratiques.
De plus, depuis quelques mois, avec l’association, j’accompagne des enfants. Ils viennent chez moi et je travaille avec eux les mots de dictée. Je me suis dit que si cette méthode marchait avec moi et mes enfants, pourquoi pas avec les autres ? J’ai des retours très positifs. Progressivement, petit à petit, les enfants arrivent à mémoriser de plus en plus de mots. Avec la grammaire, je leur conseille Hugo et les Rois. Cependant je tiens à préciser que je ne suis pas orthophoniste et que ceci ne remplace en aucun cas un suivi orthophonique. Je le signale systématiquement à chaque parent.

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DF : Tu as publié un livre aussi !
SR : Oui j’ai travaillé avec un imprimeur et j’ai mis en livre 30 dessins que j’avais faits pour mes enfants afin de les aider à mémoriser l’orthographe des mots. Les 600 exemplaires imprimés sont partis très rapidement donc j’en ai recommandé encore 600 exemplaires. Il m’en reste quelques uns (NB : pour les commander passer par la page FB). Je travaille sur un second ouvrage. En plus des dessins cette fois je joindrai également un texte explicatif. J’espère y faire figurer tous les mots invariables et les plus utilisés, afin d’aider au mieux tous les enfants (mais pas que !).

DF : Tout ceci te prend du temps !
SR : Oui. J’alimente ma page, je travaille sur mon livre, je travaille avec des enfants le mercredi après-midi. Via la page FB, je réponds à environ 10 personnes quotidiennement  et j’ai de 4 à 7 RDV téléphoniques par jour, le matin ou l’après-midi. J’organise aussi des cafés des parents.

DF : Quelle belle revanche pour la petite fille qui n’arrivait pas à lire !
SR : Oui ! J’arrive enfin à prendre un peu plus confiance en moi. Certaines personnes m’ont encouragée à faire reconnaître tout ce travail. Je fais donc actuellement des démarches avec Pôle Emploi pour faire valider mes acquis et voir à quel diplôme cela pourrait correspondre.

DF : On te souhaite une vraie reconnaissance professionnelle dans ce domaine ! Merci d’avoir eu le courage de te dévoiler ainsi. As-tu une dernière anecdote pour la fin ?
SR : une anecdote … au début de ma vie d’adulte, je me souviens que quand j’allais à un RDV où je savais que j’allais devoir écrire, je me mettais un bandage à la main pour ne pas écrire. Cependant mon secret était vite découvert s’il y avait un second RDV …
C’est toujours autant douloureux pour moi de parler de tout ça, de se remémorer mon enfance, mes souffrances mais je le partage volontiers avec qui a besoin de l’entendre.

DF : Mille MERCIS !

 

Nelly Rousseau

Mère de 3 enfants, je travaillais auparavant dans le domaine de la Santé au Travail et notamment l'ergonomie. Dans mon activité professionnelle ou ma vie de tous les jours, je rencontrais de nombreuses personnes avec des problèmes d'orthographe et de grammaire ... toutes ces personnes étaient en réel état de souffrance.

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